Je me souviens encore du jour où ma mère m’a appelée, affolée : son cholestérol était à 2,4 g/L et son médecin lui avait dit qu’elle devait « surveiller ». Elle ne savait pas quoi surveiller. Elle ne savait même pas ce qu’était le cholestérol, exactement.
Cette conversation m’a donné envie d’écrire cet article. Parce que le cholestérol est le marqueur biologique le plus prescrit et le plus mal compris de France. On le diabolise, on le dramatise, on le médicalise à outrance — sans prendre le temps d’expliquer.
Alors prenons ce temps.
Le cholestérol, c’est quoi au juste ?
Le cholestérol est un lipide essentiel à la vie. Pas un poison, pas un ennemi : une molécule indispensable fabriquée à 70-80 % par le foie lui-même (le reste vient de l’alimentation).
Il est nécessaire pour : - La construction des membranes cellulaires de chaque cellule de votre corps - La synthèse des hormones stéroïdes : cortisol, testostérone, œstrogènes, progestérone - La fabrication de la vitamine D (à partir du cholestérol cutané exposé au soleil) - La production des acides biliaires qui permettent de digérer les graisses
Le problème n’est pas le cholestérol en soi. C’est son transport dans le sang et son accumulation dans les artères.
LDL, HDL : deux coursiers, deux missions
Le cholestérol ne circule pas librement dans le sang — il ne serait pas soluble. Il voyage dans des lipoprotéines, des sortes de navettes. Les deux principales sont le LDL et le HDL.

Le LDL (Low Density Lipoprotein) transporte le cholestérol du foie vers les organes et les tissus. Quand il est en excès, il peut se déposer dans les parois artérielles et former des plaques d’athérome — d’où son surnom de « mauvais cholestérol ». Surnom simpliste, mais pédagogiquement utile.
Le HDL (High Density Lipoprotein) fait le trajet inverse : il récupère l’excès de cholestérol dans les tissus et les artères pour le ramener au foie, où il sera éliminé. Son surnom de « bon cholestérol » est mérité : un HDL élevé est un facteur protecteur cardiovasculaire.
Ce qui compte, ce n’est donc pas le cholestérol total seul — c’est l’équilibre entre ces deux fractions, et leur relation avec les triglycérides.
Lire son bilan lipidique : les valeurs de référence
Voici les valeurs-cibles en l’absence de facteur de risque cardiovasculaire :
| Marqueur | Valeur souhaitée |
|---|---|
| Cholestérol total | < 2 g/L |
| LDL-cholestérol | < 1,6 g/L |
| HDL-cholestérol | > 0,4 g/L |
| Triglycérides | < 1,5 g/L |
Attention : ces seuils sont des orientations, pas des absolus. Un LDL à 1,8 g/L chez une femme de 40 ans, non-fumeuse, sans diabète ni hypertension, avec un HDL élevé, est très différent du même chiffre chez un homme de 55 ans diabétique hypertendu. Le score SCORE (calcul du risque cardiovasculaire global à 10 ans) est l’outil que les médecins européens utilisent pour contextualiser ces résultats — ce sont les recommandations ESC 2021 que nous appliquons en France.
Les triglycérides : le marqueur oublié
On parle beaucoup du cholestérol, mais les triglycérides méritent leur propre chapitre.
Les triglycérides sont les graisses de réserve dans le sang, mesurées après un repas ou à jeun. Leur taux est influencé avant tout par l’alimentation et le mode de vie — et voici le point contre-intuitif que j’aime souligner : les triglycérides sont plus sensibles aux sucres raffinés qu’aux graisses alimentaires.
Manger trop de sucres rapides (pain blanc, sodas, gâteaux, alcool) fait monter les triglycérides bien plus efficacement qu’une assiette de fromage. Réduire le sucre est souvent plus efficace pour normaliser les triglycérides que de réduire le gras.
Le ratio triglycérides/HDL
Ce ratio est un marqueur empirique pratique de la résistance à l’insuline et du risque cardiovasculaire : - Inférieur à 2 : excellent - 2 à 3 : à surveiller - Supérieur à 3 : signal d’alerte
Un HDL bas associé à des triglycérides élevés, même avec un cholestérol total « normal », mérite une attention particulière.
La fréquence de surveillance : pas besoin de devenir obsessionnel
Si votre bilan est normal et que vous n’avez pas de facteur de risque, les recommandations de la Haute Autorité de Santé sont claires : un contrôle tous les 5 ans est suffisant.
En cas d’anomalie, votre médecin évaluera le risque cardiovasculaire global avant de décider d’un traitement. Et l’alimentation de type méditerranéen — légumes, légumineuses, poissons gras, huile d’olive, fruits à coque — reste le premier levier, avant toute statine.
Ce que votre bilan ne mesure pas
Le bilan lipidique standard mesure le cholestérol total, LDL, HDL et triglycérides. Mais des marqueurs plus précis existent pour les personnes à risque élevé :
- LDL-P (nombre de particules LDL) plutôt que la masse de LDL
- Lipoprotéine(a) ou Lp(a) : facteur de risque génétique sous-estimé, non modifiable par l’alimentation
- ApoB : reflet direct des particules athérogènes
Ces marqueurs ne sont pas encore dans le bilan de routine en France, mais ils commencent à être reconnus par les sociétés savantes comme la European Atherosclerosis Society.
Le bilan lipidique dans la durée
Ce que j’observe dans ma pratique : les patients qui gèrent bien leur profil lipidique à long terme ne sont pas ceux qui prennent des statines en restant sédentaires. Ce sont ceux qui ont compris que l’alimentation, le mouvement et la gestion du stress sont les leviers premiers.
Le cholestérol total à 2,4 g/L de ma mère ? Elle a changé son alimentation, s’est mise à marcher 45 minutes par jour, a réduit le sucre et l’alcool. Six mois plus tard, 1,9 g/L. Sans médicament.
Les chiffres ne sont pas des sentences. Ce sont des invitations à comprendre ce qui se passe dans votre corps.
— Renée M.