Rentrée 2023 : bilan de santé et prévention — les examens essentiels par tranche d’âge

La rentrée de septembre, c’est le moment où l’on reprend ses habitudes — le sport, le travail, les rendez-vous. Mais combien d’entre nous pensent à prendre rendez-vous avec leur médecin pour un vrai bilan de santé ? Pourtant, la prévention reste l’outil le plus puissant dont nous disposons pour vieillir en bonne santé. Et en 2023, l’Assurance Maladie a fait un effort considérable pour rendre ces bilans plus accessibles.

Voici un guide structuré des examens recommandés par tranche d’âge, avec les dispositifs à connaître — certains sont entièrement pris en charge.

Professionnel de santé réalisant un bilan médical de prévention dans un centre de soin

Mon Bilan Prévention : la nouveauté 2023 à ne pas manquer

Depuis 2023, l’Assurance Maladie propose un nouveau dispositif : Mon Bilan Prévention, entièrement pris en charge (100 %) sans avance de frais, disponible pour cinq tranches d’âge cibles : 25, 45, 50, 60 et 65 ans.

Ce rendez-vous de 30 à 45 minutes avec un médecin, un infirmier ou un pharmacien couvre : - Évaluation des habitudes de vie (alimentation, activité physique, sommeil, tabac, alcool) - Dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire - Mise à jour des vaccinations - Orientation vers des dépistages organisés (cancer colorectal, sein, col de l’utérus)

Si vous avez l’âge éligible en 2023, c’est le moment de prendre rendez-vous. Cette consultation est remboursée intégralement par l’Assurance Maladie via Ameli.fr.

Les examens par tranche d’âge : ce que recommandent les sociétés savantes

De 18 à 39 ans : poser des bases solides

La jeunesse ne protège pas de tout. Voici les examens à ne pas négliger dans cette tranche d’âge :

  • Bilan lipidique : cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides. Une fois dans la vie à partir de 20 ans, puis selon les résultats et les antécédents familiaux. Des dyslipidémies familiales touchent 1 personne sur 500 en France sans aucun symptôme.
  • Glycémie à jeun : à partir de 25 ans si facteurs de risque (surpoids, sédentarité, antécédents familiaux de diabète). Le diabète de type 2 touche de plus en plus de jeunes adultes.
  • Pression artérielle : à mesurer au moins une fois par an. L’hypertension artérielle touche 1 adulte sur 3 en France et est souvent silencieuse.
  • Dépistage IST : VIH, chlamydia, gonorrhée — surtout si changement de partenaire. Le dépistage du VIH est gratuit et anonyme dans les CeGIDD (Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic).
  • Frottis cervico-utérin (femmes) : tous les 3 ans de 25 à 65 ans. Détecte les lésions précancéreuses du col de l’utérus.

De 40 à 54 ans : le tournant à ne pas rater

C’est souvent dans cette décennie que les facteurs de risque commencent à se manifester. La vigilance est de mise.

  • ECG de repos : recommandé une fois vers 45 ans, surtout avant de reprendre une activité sportive intensive.
  • Bilan rénal : créatinine, débit de filtration glomérulaire (DFG). L’insuffisance rénale chronique est sous-diagnostiquée.
  • Dépistage du cancer colorectal (à partir de 50 ans) : le test immunologique des selles (FIT) est envoyé automatiquement par l’Assurance Maladie tous les 2 ans aux personnes de 50 à 74 ans. Taux de participation en France : seulement 34 % — c’est très insuffisant pour un cancer qui se guérit à 90 % quand détecté précocement.
  • Mammographie (femmes) : dépistage organisé tous les 2 ans de 50 à 74 ans, entièrement pris en charge.
  • Bilan thyroïdien : TSH à doser si symptômes (fatigue inexpliquée, prise ou perte de poids, constipation, palpitations). Les dysthyroïdies touchent 6 à 10 % des femmes après 40 ans.
  • Densitométrie osseuse : pour les femmes à risque d’ostéoporose (ménopause précoce, corticothérapie prolongée, antécédents de fracture).

De 55 à 74 ans : les dépistages qui sauvent

C’est la tranche d’âge où les bénéfices de la prévention sont les plus documentés.

  • Dépistage du glaucome : consultation ophtalmologique avec mesure de la pression intraoculaire tous les 2 à 4 ans. Le glaucome est la 2e cause de cécité en France, souvent asymptomatique jusqu’à un stade avancé.
  • Surveillance de la DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge) : fond d’œil recommandé après 50 ans. La DMLA touche 8 % des plus de 60 ans et jusqu’à 25-30 % des plus de 75 ans.
  • Dépistage de l’anévrisme de l’aorte abdominale (hommes de 65 à 75 ans fumeurs ou ex-fumeurs) : une échographie abdominale unique peut sauver la vie.
  • Continuer le FIT colorectal jusqu’à 74 ans.
  • Hémoglobine glyquée (HbA1c) si facteurs de risque de diabète : permet de détecter un pré-diabète.

Après 75 ans : adapter sans abandonner

  • Bilan gériatrique : évaluation globale incluant mémoire, équilibre, nutrition, médicaments. La polymédication (5 médicaments ou plus) concerne 40 % des plus de 75 ans et peut causer des interactions médicamenteuses non diagnostiquées.
  • Test de marche et d’équilibre : dépistage de la sarcopénie et du risque de chute. Les chutes représentent la 1re cause de mortalité accidentelle chez les plus de 65 ans en France.
  • Bilan nutritionnel : l’indice MNA (Mini Nutritional Assessment) permet de dépister la dénutrition, fréquente et sous-estimée chez les personnes âgées.

Les vaccinations : un bilan souvent négligé à l’âge adulte

On vaccine les enfants, mais les adultes oublient souvent leurs rappels. Voici les points clés :

  • DTP (Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite) : rappel tous les 20 ans pour les adultes de 25 à 65 ans, tous les 10 ans après 65 ans.
  • Grippe : recommandée chaque automne pour les personnes de plus de 65 ans, les personnes à risque (diabète, insuffisance respiratoire, cardiaque ou rénale), et les professionnels de santé. L’efficacité varie selon les années (40 à 60 %) mais réduit significativement les hospitalisations.
  • Pneumocoque : recommandé pour les plus de 65 ans et les personnes immunodéprimées. Protège contre les pneumonies bactériennes graves.
  • Zona : un vaccin non vivant (Shingrix®) est désormais recommandé dès 65 ans en France. Le zona touche 1 personne sur 4 au cours de sa vie, avec des douleurs post-zostériennes pouvant être invalidantes pendant des mois.
  • Papillomavirus (HPV) : le calendrier vaccinal 2023 étend la recommandation aux garçons et aux jeunes hommes jusqu’à 26 ans.

Santé mentale : intégrer un bilan psychologique à la rentrée

La santé mentale reste le parent pauvre des bilans de prévention. Or, les troubles anxieux touchent 15 à 20 % de la population française, et la dépression représente la 2e cause d’invalidité dans le monde selon l’OMS.

Depuis 2022, en France, le dispositif MonPsy permet d’accéder à 8 séances remboursées chez un psychologue conventionné, sur prescription médicale.

À la rentrée, quelques questions simples à se poser : - Dormez-vous mal depuis plusieurs semaines ? - Vous sentez-vous chroniquement fatigué même après une nuit complète ? - Avez-vous perdu l’intérêt pour des activités qui vous plaisaient ? - Avez-vous du mal à vous concentrer au travail ?

Si la réponse est oui à plusieurs de ces questions depuis plus de 2 semaines, une consultation chez le médecin généraliste est recommandée.

La rentrée santé, mode d’emploi

Concrètement, voici comment organiser votre bilan de rentrée :

  1. Commencez par votre médecin traitant : faites le point sur vos examens récents, vos vaccinations, vos antécédents familiaux.
  2. Demandez Mon Bilan Prévention si vous avez 25, 45, 50, 60 ou 65 ans — il est 100 % remboursé.
  3. Planifiez vos spécialistes : ophtalmologue, dermatologue, cardiologue selon votre âge et vos antécédents.
  4. Vérifiez vos invitations de dépistage organisé : le courrier pour le FIT colorectal arrive automatiquement. Ne le jetez pas.
  5. Notez vos résultats dans un carnet ou une application santé — pour les avoir à portée de main lors du prochain rendez-vous.

La prévention, c’est l’investissement le plus rentable qui soit. Une heure chez le médecin aujourd’hui peut éviter des années de traitement demain.

Sources : Ameli.fr — Mon Bilan Prévention, Santé Publique France — Dépistages organisés, HAS — Recommandations de bonne pratique, InVS — Données épidémiologiques

— Marc B.