L’été 2024 restera gravé dans les mémoires. Du 26 juillet au 11 août, Paris a accueilli les Jeux Olympiques — et la France entière s’est mise à regarder courir, nager, pédaler, sauter. Le même phénomène se reproduit à chaque édition olympique : une vague de motivation sportive déferle sur la population. Mais cette fois, avec le cadre de Paris, quelque chose de particulier s’est passé. Et en tant que médecin de ville qui voit des patients toute l’année, j’ai observé ce phénomène de près.
Les JO de Paris 2024 : un catalyseur de motivation sans précédent
Les Jeux de Paris 2024 ont été une édition historique à bien des égards. Pour la première fois depuis 1924, Paris accueillait les Jeux. Les épreuves d’athlétisme se sont tenues au Stade de France, mais c’est le marathon qui a marqué les esprits : il s’est couru dans les rues de Paris, devant des millions de spectateurs, passant devant l’Hôtel de Ville, le long de la Seine, sous les monuments.

Leon Marchand a remporté quatre médailles d’or en natation en une semaine — un exploit qui a fait de lui le symbole d’une génération. Teddy Riner a décroché son troisième or olympique en judo. L’équipe de France d’athlétisme a brillé avec des performances remarquables.
Mais au-delà du spectacle sportif, ce qui m’intéresse ici, c’est l’effet des JO sur la santé publique.
L’effet olympique sur la santé : que dit la science ?
Il existe un phénomène bien documenté appelé l’effet inspiration olympique. Des études menées après les JO de Londres 2012 et de Tokyo 2020 montrent une augmentation temporaire de la pratique sportive dans les semaines qui suivent les Jeux, avec une hausse des inscriptions dans les clubs sportifs et une progression des ventes d’équipements.
Pourtant, ces effets sont souvent éphémères. Une revue systématique publiée dans le British Journal of Sports Medicine en 2016 a conclu que les JO avaient un impact limité sur la pratique sportive à long terme au niveau populationnel. Le vrai défi n’est pas d’allumer la flamme, mais de l’entretenir.
Mouvement et santé : ce que les JO nous rappellent
Les Jeux Olympiques nous rappellent une vérité que la médecine préventive répète sans cesse : le mouvement est la meilleure médecine. Les données sont solides :
- L’activité physique régulière réduit de 30 à 35 % le risque de mortalité toutes causes confondues
- 150 minutes d’activité modérée par semaine suffisent pour des bénéfices majeurs sur la santé cardiovasculaire
- La sédentarité tue autant que le tabac selon l’Organisation Mondiale de la Santé
- En France en 2024, seuls 30 % des adultes atteignent les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique
Les JO sont une opportunité unique : quand vous voyez un sprinter comme Marcell Jacobs courir le 100m ou une gymnaste réaliser un enchaînement parfait, votre cerveau active des neurones miroirs. Vous ressentez physiquement l’effort et la puissance. C’est un moteur de motivation extraordinaire.
De l’inspiration à l’action : comment transformer l’effet JO en habitude
C’est ici que je veux être utile concrètement. Parce que passer du canapé devant les JO à une pratique sportive régulière, c’est une transition qui se planifie.
Le piège de la comparaison
Premier écueil : se comparer aux athlètes olympiques. C’est la garantie de la démotivation. Leon Marchand s’entraîne 6 à 8 heures par jour depuis l’âge de 8 ans. Vous ne courez pas le même jeu.
L’inspiration olympique est utile pour le pourquoi (je veux bouger, je veux être en forme), pas pour le comment (je vais m’entraîner comme un olympien).
Le principe de la petite porte
En médecine comportementale, on parle du concept de « tiny habits » popularisé par BJ Fogg de Stanford. Le principe : une nouvelle habitude doit être si simple au départ qu’il est impossible de ne pas la faire.
Exemples concrets : - 10 minutes de marche rapide après le déjeuner, chaque jour - 3 séances de 30 minutes par semaine de natation, natation choisie car les JO vous ont donné envie - Un cours de judo ou de boxe par semaine en vous inspirant de Teddy Riner
L’objectif n’est pas la performance. C’est la régularité.
L’activité physique adaptée : pour tous, vraiment
Les JO de Paris 2024 ont aussi marqué par la place accordée aux Jeux Paralympiques (28 août – 8 septembre 2024). Des athlètes en situation de handicap ont montré que le sport n’a pas de frontière corporelle.
En médecine, nous disposons maintenant d’un outil remarquable : le PEPS (Prescri’Mouvement), qui permet aux médecins de prescrire de l’activité physique adaptée à leurs patients, remboursée dans certains cas. Si vous avez des limitations (arthrose, insuffisance cardiaque, obésité), parlez-en à votre médecin : il peut vous orienter vers une activité physique adaptée à votre situation.
Sport et longévité : les sports olympiques les plus bénéfiques
Je suis médecin, pas coach sportif, mais je peux partager ce que la littérature dit sur les sports les plus associés à la longévité.
Une étude danoise publiée dans Mayo Clinic Proceedings en 2018 a suivi 8 600 personnes pendant 25 ans. Résultat : les sports qui prolongent le plus la vie en années :
- Tennis : +9,7 ans d’espérance de vie
- Badminton : +6,2 ans
- Football : +4,7 ans
- Cyclisme : +3,7 ans
- Natation : +3,4 ans
- Jogging : +3,2 ans
- Gym/callisthénie : +1,5 an
Le tennis en tête ? Pas un hasard. Les sports de raquette combinent cardio, coordination, et surtout — interaction sociale. L’étude souligne que les sports collectifs et sociaux sont systématiquement associés à de meilleurs résultats de santé que les sports solitaires.
Morale : regarder les JO avec des amis et s’inscrire ensemble dans un club de badminton après, c’est probablement la combinaison optimale.
L’été 2024 comme point de départ
Si vous avez regardé les JO de Paris 2024 et ressenti cette envie de bouger, cette inspiration — ne la laissez pas mourir avec la flamme olympique. C’est le bon moment.
Pas besoin de courir un marathon. Pas besoin d’un abonnement en salle. Commencez par 10 minutes par jour, choisissez une activité qui vous plaît, faites-le avec quelqu’un.
Le mouvement n’est pas une punition. C’est la condition de notre vitalité.
— Dr. Camille F.
Sources : British Journal of Sports Medicine - Legacy effects of Olympics, Mayo Clinic Proceedings - Sport and longevity, OMS - Activité physique, RNSA/Anses données 2024