Quand j’ai appris que ma poêle antiadhésive préférée — celle que j’utilise depuis vingt ans pour mes omelettes du dimanche — contenait peut-être des molécules qui ne disparaissent jamais de mon corps ni de la planète, j’ai ressenti quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis longtemps : un mélange de colère et de tristesse.

Les PFAS. Quatre lettres qui résument l’un des scandales sanitaires les plus préoccupants du début du XXIe siècle.

Qu’est-ce qu’un PFAS, exactement ?

Les PFAS — per- and polyfluoroalkyl substances — sont une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques fabriqués depuis les années 1940. Leur point commun : une liaison carbone-fluor d’une solidité remarquable. Si solide, en fait, que ces molécules ne se dégradent pratiquement jamais dans l’environnement. C’est pourquoi on les surnomme les « polluants éternels ».

Cette résistance extraordinaire a d’abord été un avantage commercial : les PFAS rendent les surfaces imperméables aux graisses, à l’eau et à la chaleur. On les trouve dans : - Les revêtements antiadhésifs (Teflon, céramique synthétique) - Les emballages alimentaires résistants au gras (boîtes à pizza, sachets de micro-ondes) - Les imperméabilisants pour textiles et chaussures - Les mousses anti-incendie (AFFF) utilisées dans les aéroports et casernes - Certains cosmétiques (rouges à lèvres waterproof, fonds de teint) - L’eau du robinet, dans de nombreuses régions

Carte de détection des PFAS dans l'eau potable aux États-Unis

Ce que la science dit sur les effets pour la santé

Le bilan est lourd. Les PFAS sont des perturbateurs endocriniens avérés : ils interfèrent avec notre système hormonal, en particulier la thyroïde.

Les effets documentés par les études épidémiologiques et les agences sanitaires (INSERM, Anses, EPA américaine) incluent :

Sur la reproduction et le développement

  • Baisse de la fertilité masculine et féminine
  • Perturbation du développement fœtal (poids de naissance réduit, maturation thyroïdienne altérée)
  • Perturbation de l’allaitement (les PFAS passent dans le lait maternel)

Sur le métabolisme

  • Élévation du cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol)
  • Association avec le diabète de type 2
  • Perturbation de la fonction thyroïdienne

Sur le risque de cancer

  • Cancers du rein et du testicule : association causale probable (CIRC 2023)
  • Cancer du sein : données émergentes
  • Cancer de la prostate et de l’ovaire : en cours d’évaluation

Sur l’immunité

  • Réduction de la réponse vaccinale chez les enfants exposés in utero
  • Inflammation chronique de bas grade

Ce qui rend la situation particulièrement préoccupante : les PFAS s’accumulent dans les tissus vivants par bioaccumulation, et leurs concentrations augmentent à chaque niveau de la chaîne alimentaire (bioamplification). Les prédateurs au sommet — comme nous — concentrent davantage.

Bioaccumulation des PFAS dans la chaîne alimentaire

La France réagit : le plan interministériel 2024

En avril 2024, la France a adopté un plan d’action interministériel coordonné par les ministères de l’Écologie et de la Santé. Ce plan, complété par des mesures réglementaires, prévoit notamment :

  • De nouvelles classifications obligatoires au 1er mai 2025 pour les substances PFAS dans les produits industriels
  • Un renforcement de la surveillance dans les eaux de surface et l’eau potable
  • Un mécanisme de redevance pour les entreprises rejetant des PFAS (adopté en 2026)
  • Un plan de décontamination des sites industriels prioritaires

L’Union européenne, elle, avance vers une restriction large des PFAS non essentiels — une décision attendue entre 2026 et 2027.

La bonne nouvelle : la réglementation progresse. La mauvaise : les PFAS déjà présents dans l’environnement et dans nos corps vont persister pendant des décennies, quelle que soit la réglementation.

Comment réduire son exposition — concrètement

Je n’ai pas envie de vous faire peur sans proposer des solutions. Voilà ce que je fais moi-même, avec bon sens, sans tomber dans l’obsession :

Dans la cuisine

  • Éviter les poêles à revêtement antiadhésif synthétique (Teflon et assimilés), surtout si elles sont rayées ou chauffées à haute température. Préférer l’inox, la fonte, la céramique naturelle (vérifiée PFAS-free), ou le fer.
  • Éviter les emballages de fast-food et les sachets de micro-ondes : les emballages résistants au gras contiennent souvent des PFAS.
  • Réduire les plats préparés en barquettes plastique ou carton plastifié.

Pour l’eau

  • Filtrer l’eau du robinet avec un filtre à charbon actif (type Brita ou filtration au point d’utilisation). Les filtres à osmose inverse sont plus efficaces encore mais plus coûteux. L’eau en bouteille n’est pas une solution — les bouteilles plastique posent d’autres problèmes.
  • Vérifier les données de qualité de l’eau de votre commune sur le site du ministère de la Santé.

Dans les textiles et cosmétiques

  • Éviter les imperméabilisants en spray pour vêtements (ils contiennent souvent des PFAS).
  • Contrôler les ingrédients des cosmétiques : les termes PTFE, perfluoro-, polyfluoro- dans la liste INCI signalent la présence de PFAS.
  • Laver les vêtements neufs avant de les porter : certaines finitions textiles en contiennent.

Dans le jardin et à la maison

  • Éviter les mousses anti-incendie domestiques contenant du PFOS.
  • Ne pas brûler les emballages alimentaires imperméabilisés.

La démarche de précaution est raisonnable. On ne peut pas éliminer toute exposition, mais on peut la réduire significativement avec quelques changements de comportement.

Un dernier mot

Quand j’ai remplacé ma vieille poêle par une poêle en inox, ma fille m’a dit que j’étais devenue « écolo ». J’ai souri. Pas besoin d’être militante pour prendre soin de soi avec intelligence.

La longévité en bonne santé passe aussi par ce qu’on évite. Pas dans la peur, mais dans la lucidité.

Pour aller plus loin : le dossier PFAS de l’INSERM et le plan interministériel du ministère de l’Écologie.

— Renée L.